Une énorme explosion le tira de son cauchemar. Le moine qui le soignait lui tenait la main et tentait de le réveiller au plus vite. Tout était bruyant, le sol tremblait, et les yeux du jeune guerrier avait du mal à s'ouvrir. La seule chose qu'il entendit distinctement, ce furent les paroles du moine qui expliquait que les charrs lançaient une immense offensive. Il sentit alors le saint homme le lâcher et quitter la pièce. Recouvrant lentement ses forces, il put observer la débandade à travers la porte entrouverte. Se levant avec peine, il se traina jusqu'à ses armes, empaquetées dans un coin de la chambre, et sortit.
Dehors, les nuages noirs faisaient pâle figure a coté des nuages de cendres et de fumées qui s'élevaient à l'horizon. Les femmes et les enfants étaient accompagnées de leur maris, en armure et prêt à aller combattre. Les cris stridents d'effroi des plus jeunes surpassaient ceux de leur ainés qui faisaient pourtant un grand bruit.
Arek se fraya difficilement un chemin à travers la masse désorganisée et apeurée jusqu'à la sortie de l'abbaye. Au portail, le moine qui venait de le quitter le reconnut et le saisit vivement par le bras avant qu'il ne put s'en aller.
Le guerrier lui expliqua sa fonction, faisant comprendre a l'adepte de Dwayna qu'il se devait de partir. Le saint homme lui offrit donc une dernière bénédiction, regonflant à bloc le jeune homme qui se précipita sur le chemin d'Ascalon.
Sur sa droite, il aperçut des énormes cristaux étranges, écrasant des maisons entières, devant lesquelles se lamentaient des femmes ou des enfants. A quoi pouvait bien ressembler sa petite maison de forêt à l'heure actuelle... il n'eut pas le temps de se poser la question. Il arriva à Ascalon où il reconnu Sire Tydus en train d'exposer des ordres.
Le plan se devait d'être simple et efficace. Un premier détachement de soldats, sous la direction du Capitaine Langmar,
devait passer par le fort Ranik et rallier les troupes du roi Adelbern afin de prendre l'armée charrs à revers. Le second corps, dont Sire Tydus allait s'occuper, devait se rendre à la porte du Grand Rempart Nord et attaquer les troupes de front, et tenir les positions jusqu'à l'arrivée des troupes de la jeune capitaine.
Le capitaine Orsic arriva, une missive à la main, qu'il remit à Tydus. L'armée fut alors informée d'une liste de noms formant un groupe d'élite que le Prince Rurik forma lui même. Dans ce détachement spécial, tout le monde reconnut les vaillants Devona, la légendaire guerrière; Aidan, le grand maitre archer; Cynn la présomptueuse et impertinente maitresse élementalist;eet Mhenlo le saint homme. Arek remarqua les visages assombrit de quelques camarades lorsqu'ils entendirent le nom de leur père ou mère. Il priait les cinq Dieux de ne pas entendre le nom de ses parents dans la liste pour cette mission encore inconnue. Mais il fut littéralement foudroyé lorsque les deux noms tombèrent à la suite, juste avant que le capitaine Orsic explique l'objectif de la mission.
Ce détachement spécial eut pour but de trouver le camp des chefs charrs et de le vider de la présence des monstres, avant de rejoindre le groupe du Capitaine Langmar.
Pour tous, cette attaque relevait du suicide. Pour cause, les fils des personnes cités tombèrent a genoux, réconfortés au mieux par quelques compagnons d'armes. Arek lui, resta comme paralysé à l'annonce de cette nouvelle. Il redoutait le pire, comme jamais il ne l'avait ressenti.
Tydus lança alors le début des opérations, et tout le monde se mit en marche dans le silence du cliquetis des armures. Un soldat tapota sur l'épaule du jeune guerrier qui sortit de sa stupeur. Il suivit le mouvement de troupes, résigné, essayant de ne pas penser à la folie dans laquelle allait se jeter ses ainés.
Mais son esprit fut vite occupé par d'autres pensées effroyables. En effet, ils trouvèrent la porte, pourtant massive, complètement explosé, sous laquelle dépassait quelques bras et jambes des sentinelles.
Syre Tydus approcha et s'agenouilla en ultime hommage aux fils tombés d'Ascalon. Puis il fit reprendre la marche de ses troupes qui traversèrent l'arche fissurée qui séparait les terres du Nord aux plaines d'Ascalon.
Le décor qui s'offrait aux humains ne pouvait les rassurer. Les bruits sinistres des forets environnantes ressemblaient aux complaintes tragiques de quelques fantômes de contes funèbres, venus accompagné vers l'au-delà le cortège funéraire armé.
Alors qu'il passaient dans une sorte de tranchée naturelle aux bords hauts de presque trois mètres, les monstrueux charrs surgirent de toute part, apparaissant de front, par derrière et sur les belvédères, coupant toute possibilité de fuite aux hommes, les encerclant totalement.
Ils tombèrent dans une embuscade, dès le premier assaut...