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Si un texte vous inspire, vous fait réfléchir, pourquoi ne pas l'exprimer?

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Le prix d'une vie; Chapitre I

Ta vie est ennuyeuse à mourir...

_ Ma vie est ennuyeuse... à mourir...

Tu meurs d'ennui...

_ Je... meurs d'ennui...

Veux-tu vivre une autre vie..?

_ Je ne veux pas vivre une vie... ennuyeuse...

Préfères-tu... mourir?

_ Je ne veux pas... mourir...

Mais tu es en train de mourir... Mourir d'ennui.

_ Je ne veux pas... mourir...

 

Petite hypoxie...

 

Il fait froid... Où suis-je..? Je ne me rappelle pas... Qu'ai je fais..?

...Je ne peux pas respirer... De l'eau... je suis dans l'eau... Je me noie... Non... Je ne veux pas mourir. Ma vie n'est pas ennuyeuse. J'aime ma vie. J'aime la vie. Je ne veux pas mourir.

Viens...

Qui est là? Sous l'eau? Avec moi? La Mort, qui vient me chercher? Je ne veux pas mourir.

Tu meurs... Tu meurs à cause de ta vie ennuyeuse... Viens...

Je ne veux pas. Je ne veux pas. Je ne veux pas...

 

Grande hypoxie...

 

Je ne peux plus tenir... j'ai envie de respirer... Juste ça... je n'ai plus la force de faire... de vouloir autre chose...

Veux-tu d'une autre vie..?

Par pitié... je veux tout sauf mourir...

N'ai pas peur de la mort. Meurs, et tu connaitras une autre vie... une vie loin de l'ennui.

Je... ne peux... plus...

 

Anoxie...

 

Son corps lourd comme une pierre s'enfonce dans l'abîme. Il est inconscient, peut être même déjà mort. Mais une chose est sûre, il ne remontera pas vivant...

 

Que deviennent les morts?

Personne ne le sait. « Tu es poussière et à la poussière tu retourneras » dit on dans un best-seller. Paradis, Enfer, Panthéon, Pandémonium, tant de choses, et de vies après la mort, choses promises ou souhaitées.

Réincarnation, esprits errants, fantômes, spectres, âmes, revenir sous une autre forme est pour d'autres ce qui vient après la vie humaine.

Néant, vide, absence de sensations, d'émotions, de conscience... Une autre vision de la fatalité, pour tous ceux qui ne croient pas.

Mais qui le sait vraiment? Qui est déjà revenu à la vie pour nous dire ce qu'il a vécu après s'être éteint?

Et si... Et si la mort n'était rien d'autre qu'une remise à zéro, qu'une nuit profonde qu'aucun rêve n'aura agité? Qui peut nous certifier que la mort existe, ou qu'elle n'existe pas?

Et si... la mort était une seconde chance?

 

 

...Comme pour lui.

Qui est-il? Qu’est-il?

C'est surtout cette question qu'il est à raison de se poser. Il est... mort il y a deux ans maintenant, aujourd'hui. Mais il marche dans cette rue comme vous et moi. Qu’est-il alors? Un revenant? Un ange? Un démon?

Une personne le bouscule par mégarde. Il y a un choc, le fautif s'excuse.

Il est matériel. Qu’est-il alors? Un mort vivant? Un ange? Un ange mort vivant? Un ange de la mort?

Son long manteau blanc reflète les rayons du soleil d'hiver. On ne voit pas ses yeux derrière ses lunettes glacées, et sa tête est couverte d'un bonnet blanc. Et il avance dans les rues enneigées, vers un lieu que lui seul connait.

Il entre sur un grand boulevard. Il le remonte calmement jusqu'à un immeuble d'affaires où il pénètre. La réceptionniste le salue, et agrémente sa politesse d'un sourire chaleureux, puis elle lui tend une note. Il la lit rapidement et lui rend avant de se diriger vers l'ascenseur. 7Ème étage. Il s'arrête. Une autre jeune femme l'accueil et l'invite à rentrer dans un bureau.

A l'intérieur, Un jeune homme d'affaire est au téléphone. Ses cheveux noirs, laqués et plaqués luisent sous l'éclat du soleil. En le voyant arriver, il finit sa conversation.

Allant vers son mini bar, il sert deux verres de vin et en tend un à son invité.

_ Chateauneuf-du-Pape, 2005. Le Clos des Papes.

_ Je ne bois pas en service, merci.

_ J'insiste. Ce petit bijou vaut plus que ta vie, tu devrais accepter.

L'homme en blanc ôte ses lunettes, son regard rougeoyant affichant un profond mépris. Puis il retire son bonnet, dévoilant ses cheveux blonds hérissés, et ouvre son manteau. Finalement, il prend le verre.

_ Voila qui est raisonnable, mon jeune ami. Bon, parlons peu, parlons bien... Oh eh puis non. Parlons un peu de toi. Ta nouvelle vie te plait elle? Si tenté que le mot « vie » soit le plus approprié.

_ Un travail acharné, pour rembourser ma vie, que vous m'avez revendu...

_ Eh la eh la, ne t'énerves pas! Je te signale que c'est toi qui as tenté de te suicider pour échapper à une vie d'ennui et de lassitude. Je t'ai offert la vie dont tu rêvais, rien de plus.

_ Offert? Dites plutôt vendu.

_ Peu importe les mots. Nous sommes associés aujourd'hui! Cessons de nous quereller et travaillons main dans la main.

_ Ne mélangeons pas tout. Vous êtes mon employeur, vous me dites ce que je dois faire, et j'exécute. Que me voulez vous?

_ Tu es tellement assidu! C'est une qualité que j'admire chez toi, vraiment. Dommage que tu ne sois qu'un racheteur. Enfin... Puisque tu es si pressé...

Le jeune patron se penche au dessus de son bureau et ouvre un tiroir, sortant un épais dossier de cuir.

_ Un gros poisson?

_ Mieux que ça mon petit. Une bande organisée.

_ Je suis pas flic. Ça ne me concerne pas.

_ Mais qui t'a dit qu'ils sont vivants?

Le regard du racheteur s'assombrit.

_ Vous vous foutez de moi?

_ En ai-je l'air? As-tu déjà entendu parler de Visco & Lombrad?

_ La plus grande puissance économique de ce siècle, qui chapeaute un peu tous les secteurs d'activités?

_ Eux même. Si je te dis qu'ils sont manipulés par un groupe de balagres, les plus influents du pays, ça te surprendrait?

_ Plus rien ne m'étonne aujourd'hui, surtout avec vous.

_ Que d'humour. Bon. Ta mission, c'est d'éliminer ce groupe de zombies, tout simplement.

_ Tout simplement? La dernière fois que vous m'avez dit ça, j'ai failli y rester.

_ Allons allons, on ne peut pas te tuer comme ça! N'oublie pas qui tu es!

_ Où sont-ils?

_ Dans les sous sols du siège de la société. Un dédale enfoui sous terre. Pour te donner une idée, tu as autant d'étages en surface qu'enfouis sous terre. Tu trouveras tous les détails dans ce dossier.

_ Combien ça va me rapporter?

Le jeune homme tend le dossier. Le racheteur le prend, l'ouvre et le feuillette rapidement, jusqu'à tomber sur une page bien précise. Il écarquille les yeux pour être sûres de bien lire ce qu'il est écrit sur cette page. Finalement, il referme le dossier.

_ Je prends.

_ Je le savais déjà. Aussi, j'ai demandé à quelqu'un de venir te donner un coup de main.

_ Quoi?!

_ Ne t'énerve pas. Tu ne peux pas arriver chez Visco & Lombrad comme ça, tout seul, descendre tout le monde, et revenir indemne. Tu auras besoin d'assistance sur ce coup.

_ Je travaille en solo. Je veux pas d'un novice dans mes pattes.

_ Tu te prends pour le roi du monde? Les neuf dixième des mes racheteurs sont plus anciens que toi dans le métier, alors ne te la joues pas trop roi de la gâchette.

_ Alors pourquoi me refiler ce contrat?

_ Je t'aime bien, alors je te laisse cette chance. Tu as vu la somme. Si tu reviens entier de cette mission, quasiment toute ta dette disparaît en un coup. Bon, bien sûr, la prime est divisée par deux, puisque vous serez deux. Mais l'autre racheteur qui va t'accompagner est bien plus endetté que toi. Il lui faudrait au moins six ou sept contrats comme celui la pour s'en sortir.

Il toussote.

_ Si il s'en sort, si tu vois ce que je veux dire.

_ Je ne veux pas d'un assistant, un point c'est tout.

_ Sais tu ce qui est pire que la mort? C'est de perdre peu à peu l'usage de tous ses sens, puis de perdre la notion de chaud et de froid, de doux et d'amer; puis perdre la notion du temps, et finalement, les notions d'envies, de désirs, de passion. Rappelle toi qu'en signant ce contrat avec moi, tu as accepté ce destin. Ce n'est en fait qu'un sursis, pour t'apprendre à apprécier la fatalité que rencontre tout homme dans sa vie, cette fatalité qui marque la fin. Si tu ne comprends pas cela, tu ne vaudras pas mieux que tous ces contrats que tu exécutes chaque jour. D'ailleurs, tu deviendras comme eux, ou comme les grands de leur monde. Tu n'auras plus que deux envies: tuer et manger. N'oublies pas que tu vis ces années pour profiter au maximum. Je t'offre une vie loin de l'ennui et de la peur de mourir.

_ Ne faites pas comme si vous étiez le bon samaritain. De plus, je connais très bien les closes de notre contrat, et je sais ce qu'il m'attend. Mais vous savez quoi?

_ Oui. Tu es persuadé que je ne te connais pas, et que tu trouveras un moyen de vaincre la mort. N'ai je pas raison?

Le racheteur fronce les sourcils. C'est effectivement ce qu'il semblait penser. Mais comment...

_ Je ne t'avais jamais dit ça? Lorsque tu passes un contrat avec moi, je peux lire en toi comme en un livre ouvert. Et tu es de loin un des livres les plus intéressants qu'il m'ait été donné de lire. Tu as raison, après tout. Crois-y. Je vais même changer ton partenaire. Je vais te mettre avec un autre jeune, qui est arrivé à peu près en même temps que toi. Il à ton âge, et les même idées rebelles. Vous vous entendrez très bien, si vous arrivez à briser la glace évidemment. De ce fait, je reprends cette mission pour le moment. Et je t'affecte à...

Il se retourne et fouille dans ses tiroirs. Il en sort un petit porte document rouge.

_ Tiens, de la racaille. T'as cinq-six cas là dedans. Sept mille cinq cents le tout. Non négociable. C'est déjà bien payé pour de la vermine pareille.

Il s'allume un gros cigare.

_ Allez, va bosser. Et reviens me voir uniquement une fois le travail terminé.

Le blond referme son manteau, remet ses lunettes et saisit son verre de vin. Il en boit une gorgée, et renverse le reste sur la moquette du bureau, en toisant son employeur derrière ses verres glacés. Puis il saisit son bonnet et ouvre la porte.

_ Le verre de vin plus la moquette à changer, je te rajoute deux mille sur ta dette. Ravis de faire des affaires avec toi.

_ Pareillement.

Il sort du bureau, dévale les escaliers pour ne pas attendre l'ascenseur, et quitte l'immeuble.

 

 

 

Dehors, il grommèle contre le petit snobinard qui lui sert de créancier.

Après quelques centaines de mètres, il ouvre le dossier de sa mission. Il feuillette les différentes fiches jusqu'à en trouver une sur laquelle il s'arrête. L'endroit où il semble se planquer est tout proche de sa position. Sa victime se trouve dans un bar, localisé dans un quartier malfamé, les lieux préférés des soit disant balagres.

Il est en route, pour effectuer son travail de racheteur. Tuer, pour payer sa propre vie, telle est donc sa voie, offerte par cet homme imbu de sa personne, dans son bureau. Tel est le prix de sa vie.

Que doit-il tuer? Ces balagres, des zombies sans scrupules ni raison. Vous ne croyez pas aux fantômes? Mais pourtant, cet homme est mort, mais il est bien debout, bien capable de parler, de boire, de marcher. Il est bien... vivant.

Il arrive dans la ruelle indiquée par sa fiche de prime, et trouve rapidement le bar. Devant l'entrée, il porte la main dans son manteau, et pénètre dans l'établissement.

_ Bien le bonjour monsieur! Lance le vieux tenancier. Qu'est ce que je vous sers?

_ Je cherche Tristan Ichi, pour affaire. J'ai entendu dire qu'il passait par ici régulièrement.

_ Ichi? Oui, il vient ici tous les jours, mais il n'est pas encore arrivé. Pourquoi vous voulez le voir?

_ Pour affaire.

_ Bon, je vois que ça ne me concerne pas.

Le vieil homme pose son verre.

_ Partez d'ici. Je ne veux pas vous voir dans mon établissement. Ichi n’est pas le genre de gars avec qui on fait des affaires, vous vous foutez de moi ! Les gens comme vous, ça m'apporte que des merdes. Dégagez.

_A quelle heure arrive t-il?

_ Quelle partie du mot dégagez vous avez pas compris? Cassez vous!

_ Quelle heure?

Le barman se tourne et sort un fusil à canon scié. Mais en se retournant, le racheteur à disparut.

_ Je ne répèterais pas une fois de plus. A quelle heure arrive t-il? Dit-il, derrière le tenancier, son arme braquée sur le crâne du vieux.

_ Il... il arrive généralement vers dix-sept heure. Dans quelques minutes quoi... Ne tirez pas... pitié...

_ Je n'avais pas l'intention de tirer. Vous n'êtes pas sous ma juridiction.

_ Vous... vous êtes flic? Il fallait le dire tout de suite! Ichi à fait des conneries? Si c'est le cas, virez-le de chez moi!

_ Je vais m'en occuper. Dit le blond en rengainant son arme, après être repassé de l'autre coté du comptoir.

_ Je vous serre un verre? Offert par la maison, bien sûr.

_ Je ne bois pas en service.

Le racheteur se retourne d'un coup sec, le regard fixé sur la porte, derrière ses lunettes glacées.

Aussitôt, un jeune apparaît sur le pas de la porte. Ses longs cheveux noirs et crasseux recouvrent une partie de son visage. Ses vêtements n'ont visiblement pas été changés depuis un moment.

_ Salut Ichi! La même chose que d'habitude? Lance le tenancier.

Mais le garçon ne répond pas. Il ne bouge même pas. Il se contente de respirer fortement.

_ Ichi, ce flic te cherchait. T'as pas fait de connerie j'espère?

_ Ta gueule... souffle t-il d'une voix d'outre tombe.

_ Ichi? Ça va? Ta voix est étrange...

_ Tu m'as fait attendre. Conclut le racheteur et se levant.

Il dégaine son arme et tire une balle en direction du zombie, qui l'esquive en sautant pour s'agripper au plafond.

_ Bordel de dieu... souffle le tenancier en observant la chose. Qu'est ce que c'est que ce merdier? Et lui c'est quoi?!

_ Couchez-vous.

Il tire plusieurs munitions pour essayer d'atteindre sa cible, mais aucune ne parvient jusqu'au monstre qui se jette derrière le comptoir.

_ Tire encore un coup de feu... et je dévore ce gros sac de viande! Lance le zombie en se relevant avec son otage.

_ Ça m'étonne pas. Un déchet comme toi est obligé de prendre des humains pour se défendre.

_ Ta gueule! Tu es comme nous. Tu n'es pas plus humain que tous tes frères que tu as tués!

_ Je suis pas comme vous. Ma vie vaut beaucoup plus que deux mille.

Sur ces mots, il presse la détente, et avant que son ennemi n'ait le temps de réagir, une balle vient se loger dans son crâne. Il lâche le vieil homme et s'écroule.

_ Voila qui remboursera sa putain de moquette au moins.

_ Mon...monsieur... Qui... qui êtes vous? Et lui, c'était quoi?

_ Un conseil, oubliez ça, sinon je vais devoir revenir pour vous.

Il passe derrière le bar, et prend une photo du corps. Puis il place ses bras en croix. Le corps du zombie luit ainsi de plus en plus fort, jusqu'à ce qu'il soit complètement absorbé par la lumière, et qu'il ne reste rien au sol.

Puis il sort sans dire un mot de plus.

Il retourne jusqu'à un parking où est stationnée une superbe Yamaha YZF-R1 noire. Il la chevauche, la démarre et disparaît rapidement du parking, dans la nuit qui commence à s'étendre.

Ainsi, sillonnant la ville, il exécute sa mission, toujours plus facilement que le coup précédent. Sur des docks, dans un simple appartement, dans une ruelle sombre... Il commence à bien connaître ces endroits glauques, où les balagres se réfugient pour commettre leurs actes de barbarie. Souvent, il découvre des cadavres démembrés, a moitié dévorés. Mais cela ne lui fais plus rien. Parfois, il les envie même. Ne plus vivre cette vie. L'a t-il vraiment souhaité? Il voulait une vie loin de l'ennui, et il l'a. Mais le revers de la médaille, la perte de sensibilité, de tout le reste... Il commence à le ressentir. Il ressent qu'il n'apprécie déjà plus certaines choses, qu'il est devant elles totalement indifférent. Est ce vraiment la clause du contrat, ou est ce sa nouvelle vie qui a dénaturée ses anciennes passions? Il ne le sait pas, mais il continue à vivre sa nouvelle existence.

Sa dernière cible est éliminée. Il va enfin pouvoir rentrer. Traversant la ville à pleine vitesse, il grille feux rouges et stops, coupe les priorités, espérant qu'une voiture le percute, qu'un camion ou un bus passe au même moment, mais rien n'y fait. Il arrive donc devant son appartement; sain et sauf.

_ Je suis rentré... souffle t-il en refermant la porte derrière lui.

Mais personne ne l'attend. Il est seul dans son T3 froid et peu accueillant. Il traine le pas jusque dans son salon, où il ouvre son ordinateur portable. Le temps de transférer les photos de ses victimes chez son employeur, et il s'allonge dans son canapé, où il s'endort aussitôt, épuisé par sa journée...

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